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Un tour d'Europe à vélo en 3 livres (32 pays, 35383 km)

 

Qui connaît le mieux un continent ? Celui qui pédale durant des centaines d'heures ou celle qui sait reconnaître des milliers de fleurs ? Tour d'Europe à vélo ? Le titre est mal choisi, car il est impossible de faire le tour d'un continent, de connaître tous ses paysages, toutes ses saisons, toutes ses couleurs, tous ses reliefs, toutes ses cultures, toutes ses forêts, tous ses oiseaux, tous ses insectes... Toutefois, quoi de mieux que le vélo pour approcher ces millions de petites choses que les avions ignorent ?

C'est en 2006 que j'ai commencé à pédaler. D'abord autour de Grenoble, puis un peu plus loin... D'abord une petite heure, puis une journée, puis un week-end, puis une semaine... Très vite, je me suis mis à rêver de montagnes, de mers et de frontières... Et un matin, j'ai pris ma tente, mes sacoches et je suis parti à la poursuite de l'horizon...

Plus tard, de retour chez moi, j'ai ressenti le besoin de prolonger ces aventures par l'écriture. S'ensuivit la publication de trois livres :


À la poursuite de l'horizon. Mon premier voyage en solitaire. L'appel de la Méditerranée et du soleil de Diogène. Une boucle de 11277 kilomètres à travers 20 pays (France, Italie, Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Albanie, Grèce, Turquie, Bulgarie, Roumanie, Serbie, Hongrie, Slovaquie, Autriche, République Tchèque, Pologne, Allemagne, Pays-Bas, Belgique, France). En savoir plus...

 

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Les Immensités secrètes. Un voyage jusqu'au pays où le soleil ne se couche jamais. L'appel du Grand Nord et des immensités sauvages. Une boucle de 15098 kilomètres à travers 15 pays (France, Allemagne, Danemark, Norvège, Finlande, Russie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République Tchèque, Slovaquie, Autriche, Allemagne, Suisse, France, Espagne, France). En savoir plus...

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Les Reliefs éphémères. Un voyage vers l'Andalousie passant par la plus haute route d'Europe. Et un grand rêve : atteindre Gibraltar et toucher l'Afrique. 9008 kilomètres à travers 5 pays (France, Espagne, Gibraltar, Maroc, Espagne, Portugal, Espagne, France). En savoir plus...

Ces voyages ont marqué ma vie, mais je reste convaincu que les petites aventures peuvent être tout aussi belles. Tout est dans le regard, l'attention portée au monde et aux beautés de la Nature. Pas besoin d'aller bien loin, la poésie est autour de nous. Durant mes voyages, je me suis interdit d'utiliser avion, train, bus et voiture... Plutôt que d'aller à l'autre bout du monde dans une machine folle, je préfère avancer lentement en prenant le temps de saluer les passants, d'écouter les oiseaux, de guetter les élans... Plutôt que de dormir dans des hôtels cinq étoiles, je préfère dormir dehors sous des millions d'étoiles... À chacun ses rêves. À chacun ses combats.


 

[LIVRE] À la poursuite de l’horizon




Rédigé en 2010, À la poursuite de l'horizon est le journal d'un premier voyage en solitaire. S'interdisant de monter dans un avion, un train ou une voiture, Matthieu Stelvio est parti à vélo de chez lui, a traversé 20 pays et parcouru plus de 11000 kilomètres à la force de ses mollets. Oscillant entre émerveillements et désillusions, ce récit initiatique décrit les premières semaines d'un périple européen, des Alpes françaises à la Grèce.

EXTRAIT : "D'habitude, le matin, lorsque je me réveille, je sais où je suis. D'habitude, le matin, lorsque je me réveille, c'est pour vivre une journée que je connais déjà. D'habitude, le matin, lorsque je me réveille, j'ai envie de me rendormir.

Subitement, tout est différent : je me crois dans mon lit, j'ouvre les yeux et ne sais plus où je me trouve. Les murs bougent, disparaissent. Une tente ? Mon voyage me revient en tête. Je me sens tout excité. Ce soir, serai-je en Italie ? Où dormirai-je ? Au coeur d'un alpage, dans une forêt, au bord d'une rivière ? Qui rencontrerai-je ? Par où passerai-je ? Le col du Galibier ? Le col de Montgenèvre ? L'Iseran ? Croiserai-je des marmottes, des marmottons, des chamois, des aigles, des vautours, des gypaètes ? Je me lève et prends doucement conscience que, désormais, chaque jour, j'écrirai ma vie, qu'elle ne me sera plus dictée. Pas de temps à perdre, je ne dois pas gâcher la moindre seconde de liberté. Plus tard, lorsque je vivrai à nouveau la routine d'un monde que je n'ai pas vraiment choisi, j'aurai le droit d'être paresseux ; mais là, tout de suite, maintenant, il faut se battre, être jeune, vivre fort !"

À la poursuite de l’horizon est le récit d’une conquête de liberté. Ce petit livre de 96 pages est de nouveau édité (cette fois chez BoD ; la première édition est épuisée). À la poursuite de l’horizon est le premier de mes récits de voyage ; il est suivi des Immensités secrètes (direction : le cap Nord en Norvège) et des Reliefs éphémères (direction : Gibraltar et la plus haute route d'Europe). À la poursuite de l’horizon ne contient AUCUNE PHOTO (ajouter des photos aurait doublé le prix de l'ouvrage).
 
COMMANDES :
Sur le site BoD (8€75) : cliquez ici (en stock).
Sur Amazon (8€75) : cliquez ici (en stock).
Pour commander le livre en librairie, vous pouvez utiliser son numéro ISBN : 978-232-250-4411


CRITIQUES :
Voici des extraits d'une critique publiée dans le fanzine Un vent de liberté : "l’auteur nous livre ses pensées, ses réflexions sur le monde qui nous entoure, ses rencontres, ses envies. Il n’a rien d’un frimeur, avec lui nous vivons ses craintes, ses interrogations, ses convictions et c’est ce qui fait tout le charme de ce livre qui se lit d’une traite tant il est passionnant et intéressant." "Il est vrai que la qualité d’écriture de l’ouvrage justifie à lui seul l’achat d’A la poursuite de l’horizon. Mais quel ne fut pas ma joie, quelques jours après sa lecture, de découvrir dans le nouveau numéro de Cyclo-Camping International, le numéro 136 (automne 2015) pour être plus précise, un article retraçant le début du livre ajouté à 9 photos dont la couverture de la revue ! Oh là là, quels plaisir et régal pour les yeux." (Lien) "un récit ô combien remarquable." (Lien)

Autres critiques : "J'incite tout le monde à lire ce superbe récit très bien écrit, qui démontre, magnifiquement avec humour et humilité, qu'il faut dépasser ses peurs et partir à vélo pour des lointains pleins de surprises et de bonheur." Luc (Cyclo-camping International) "L'auteur du récit Les Immensités secrètes nous livre ici des impressions personnelles au fil des routes, haltes et rencontres lors de ses périples à vélo à travers l'Europe. Un court ouvrage de 80 pages plaisant et inspirant." La Librairie du Voyage

 
Juin 2010... Un petit livre pour fêter l'anniversaire d'un beau souvenir !
 





[LIVRE] Les Reliefs éphémères - Voyage au-delà des neiges andalouses

 

Après À la poursuite de l'horizon et Les Immensités secrètes, je vous propose de découvrir le récit d'une nouvelle aventure. Les Reliefs éphémères est paru aux éditions BoD. Il est théoriquement disponible sur commande dans toutes les librairies.

Présentation : Pour raviver la flamme de l'exaltation, il me faut repartir vers des horizons éloignés de la tiédeur des milieux tempérés, mais aussi et surtout totalement nouveaux. C'est pourquoi, après m'être lancé vers le Grand Nord, je rêve de son extrême opposé, et suis bel et bien décidé à aller chercher le point le plus méridional de mon continent : Gibraltar. Depuis plusieurs mois, j'ai la tête ailleurs. J'imagine les volcans d'Auvergne, les causses d'Occitanie, les jardins de Gaudí, les moulins de la Mancha, les neiges de la Sierra Nevada, le soleil d'Andalousie, les horizons infinis... Et pas un jour ne s'écoule sans que je pense à la mer ! J'ai les rêves qui débordent. Peu importent les obstacles, je reprendrai ma tente et mon vélo, et m'enfuirai à nouveau de cette société malade et détraquée pour retrouver la Nature et ses grands ciels étoilés !

Extrait : "Lorsqu'on quitte un lieu de bivouac, prônait Baden-Powell, prendre soin de laisser deux choses. Premièrement : rien. Deuxièmement : ses remerciements." Bivouaquer, c'est installer discrètement un campement léger en fin de journée, s'y reposer une nuit, tout retirer au petit matin, puis repartir. Mais pas seulement, et au-delà de ce postulat, il existe sans doute autant de visions du bivouac que d'adeptes du bivouac. J'ai donc ma petite définition du bivouac, une définition personnelle et affective qui n'a rien d'universel [...]. Bivouaquer, c'est d'abord choisir méthodiquement un emplacement. C'est étudier les charmes d'un paysage, la configuration d'un relief. C'est songer à l'heure et à l'endroit où le soleil se lèvera, afin de ne pas rater le spectacle primordial de l'aurore. C'est anticiper le froid et l'humidité, l'évolution des vents, les risques relatifs à la pluie, à la neige, aux orages et aux tempêtes. [...] Mais bivouaquer, ce n'est pas que prévoir et se protéger, c'est surtout se laisser porter. C'est redevenir minuscule, retrouver la Nature, croiser ses regards silencieux, s'imprégner de ses innombrables secrets et savourer. Telle la merveilleuse récompense d'une journée d'efforts, bivouaquer, c'est dîner sous la lune opaline, écouter les caresses du vent, s'endormir dans une chambre couverte de millions d'étoiles, laisser ses rêves voguer vers l'infini et se réveiller en contemplant l'immensité d'un monde qui s'illumine (enfin, quand tout se passe bien, c'est-à-dire occasionnellement).

149 pages. 9,95 euros. AUCUNE PHOTO (ajouter des photos aurait doublé le prix du livre)

Lire les premières pages du livre.

CRITIQUES : "Matthieu Stelvio est triplement passionné par les bouquetins, le sauvetage des milieux naturels et le voyage à vélo – ce qui s'appelle faire preuve d'une certaine cohérence." Magazine 200 (numéro 38, octobre 2023). "Après la Scandinavie, direction la péninsule ibérique. L'auteur conte son périple qui consiste à faire le tour de l'Espagne et du Portugal à vélo en partant du sud de la France. Bivouacs, contemplation et rencontres inattendues sont au programme de ce récit à la plume simple et sincère qui mérite que l'on s'y attarde." La Librairie du voyage (novembre 2023). TOP 5 des récits de voyage à bicyclette de l'année 2023 : "Dans ce nouvel ouvrage, le troisième consacré au voyage à vélo, Matthieu délaisse les grandes étendues de Scandinavie et s’en va en voyage au-delà des neiges andalouses [...]. Lui qui pensait autrefois que se projeter dans l’avenir l’empêcherait de profiter de l’instant est maintenant plus serein, plus confiant envers les autres et lui-même et peut jouir de la lenteur et de la douceur qu’offre la bicyclette [...]. Hymne d’amour à l’Auvergne, [...] ascension du pico de Veleta [...], rien ne manque pour rendre la lecture palpitante". Jean-Yves Mounier, Le Randonneur

COMMANDES :

Pour commander le livre (9€95) sur le site de l'éditeur (en stock, frais de port = 3,49 €), cliquez ici.

Commandez le livre (9€95) sur : Amazon (en stock, livraison rapide), la Librairie du voyage (en stock, frais de port = 4,50 €, livraison rapide), la Fnac (en réapprovisionnement).









 


[LIVRE] Les Immensités secrètes - Un voyage à vélo jusqu'au pays où le soleil ne se couche jamais

 

 
Quelques années après À la poursuite de l'horizon, je me suis lancé dans un nouveau voyage à vélo. Je vous propose de découvrir le récit de cette aventure. Les Immensités secrètes est paru aux éditions BoD. Il est théoriquement disponible sur commande dans toutes les librairies.

EXTRAIT :

"Alors que les grues commencent à se perdre dans les nuages, l'ennui, telle une marée montante, engloutit peu à peu les quais déserts du port. Plongées dans la bruine, balayées par les vents, les trois rues d'Hirtshals semblent tout aussi abandonnées. Soufflant dans le creux de mes mains engourdies, j'entre dans un petit magasin pour y dépenser mes dernières couronnes danoises. Rien de très alléchant, mais au fond, tout ce qui compte, c'est de faire le plein de calories. N'osant pas abuser du confort de ce Rema 1000 (seul lieu chauffé accessible aux vagabonds), je m'assois dehors près des caddies. En mangeant une énorme brioche à la crème industrielle, je débute mon étude de la carte du monde d'en face, perdu au loin dans les brumes. Et je me souviens de ce moment où, quelques minutes avant de changer d'année, fatigué par le bruit (et songeant déjà à dérouler mon duvet sous un bel épicéa), je m'éclipsai discrètement dans la Nature. Plutôt que d'affronter les effusions de joie, les danses traditionnelles et toutes ces choses, je préférai partir rêvasser dans les immensités glacées. Seul, les pieds dans la neige, sous une lune naissante, bleutée, contemplant le grand ciel étoilé sur lequel se dessinait la belle silhouette du mont Charvet, je me promis, sans trop y croire, de reprendre mon vieux vélo pour m'enfuir jusqu'au soleil de minuit..."

158 pages. 8,95 euros. À noter : le livre ne contient aucune photo.
 
 
Quelques années après ce voyage vers le Grand Nord, je suis parti vers Gibraltar et et ai publié Les Reliefs éphémères.
 

CRITIQUES (plus de détails en bas de page) :

"Une belle philosophie de vie, un récit superbement écrit et poétique, un cadeau offert par un simple humain amoureux de la Nature qui aimerait croire que ses semblables ne la détruiront pas trop vite." Jean-Yves Mounier, Biblio-cycles, novembre 2020. "Sur son vieux vélo, avec sa tente et ses sacoches, Matthieu Stelvio raconte avec talent son périple [jusqu'au] cap Nord. [...] Il voulait affronter la nature sauvage, il n'a pas été déçu, nous non plus." Magazine Outdoor Go (n°21, février-mars 2021, p°15). "Heureusement, [Matthieu] a le moral et le plaisir l’emporte toujours. Et pour nous aussi, tout au long de la lecture à travers laquelle il nous communique son euphorie, et sait nous faire ressentir ce qu’il y a d’exceptionnel à pouvoir se déplacer en douceur dans un environnement préservé. Un livre pour rêver [...]." B. Désormeaux, Carnets d'Aventures, mars 2021. "La manière de conter est réellement plaisante et l'auteur sait ne pas se mettre en avant au profit des paysages, des rencontres, des émotions. Quatre étoiles." La librairie du Voyage, septembre 2020. Top 5 des récits de voyage à bicyclette 2020 : Les Immensités secrètes est un "récit superbement bien écrit, empli de poésie". Revue Le Randonneur, janvier 2021. Livre conseillé par le magazine 200 (n°27, janvier-mars 2021, p°121).
 

COMMANDES :

Pour commander le livre (8€95) sur le site de l'éditeur (EN STOCK, frais de port = 2,99 €), cliquez ici. Pour commander le livre en librairie, vous pouvez utiliser son numéro ISBN : 978-2-3222-3633-6. Vous pouvez aussi passer une commande en me contactant (par ce formulaire de contact ou en laissant un commentaire).
À noter : le livre ne contient aucune photo (ajouter des photos aurait doublé le prix de l'ouvrage).
 








Marre de cette société grise et étriquée ! Mon rêve est esquissé. C'est décidé : loin de l'air pollué des cités bétonnées, je partirai. Sur mon vieux vélo, avec ma tente et mes sacoches, je traverserai la France, l'Allemagne, puis le Danemark. Je franchirai ensuite un petit bout de mer. Commencera alors l'aventure du Grand Nord. Au fil des fjords de Norvège, je découvrirai mes immensités rêvées, et j'irai si loin que les jours n'auront plus de fin.

 

Les CRITIQUES détaillées :

« De son voyage à vélo entre Grenoble et le Cap Nord, et retour, Matthieu tire la substantifique moelle et nous raconte avec talent et poésie la partie scandinave du périple, plus particulièrement le long de la côte norvégienne et de ses incroyables fjords.
Celui qui veut ressentir la pureté des éléments, exister de toutes [ses] forces, vivre en grand, se sent de plus en plus mal à l'aise avec la vie standardisée qui lui est promise, veut se confronter aux éléments, vent, pluie, froid, il veut se perdre dans les vastes forêts nordiques, se frotter aux animaux sauvages, rennes, élans et autres oiseaux. Il recherche moins la compagnie humaine, qu'il ne néglige cependant pas quand il a l'occasion de croiser de beaux yeux clairs ou un congénère pédalant, que la Nature, toujours majuscule chez lui. Il veut retrouver la beauté des choses simples, il refuse la civilisation du toujours plus, il aspire à se sentir vivant à travers l'épreuve physique que représente un tel voyage dans ces immensités sauvages et secrètes...
Une belle philosophie de vie, un récit superbement écrit et poétique, un cadeau offert par un simple humain amoureux de la Nature qui aimerait croire que ses semblables ne la détruiront pas trop vite. (Jean-Yves Mounier) Livre hautement apprécié par le comité de lecture. » Biblio-cycles de Philippe Orgebin, Hervé Le Cahain et Jean-Yves Mounier, novembre 2020.

« Un parcours conté jour après jour mais qui évite le côté laborieux du genre. La manière de conter est réellement plaisante et l'auteur sait ne pas se mettre en avant au profit des paysages, des rencontres, des émotions. Quatre étoiles. » La librairie du Voyage, septembre 2020.
Top 5 des récits de voyage à bicyclette 2020 : Les Immensités secrètes est un "récit superbement bien écrit, empli de poésie". Revue Le Randonneur, janvier 2021.
« Sur son vieux vélo, avec sa tente et ses sacoches, Matthieu Stelvio raconte avec talent son périple de Grenoble à Grenoble... en passant par le cap Nord. C'est l'aventure du Grand Nord le long de la côte norvégienne, de ses incroyables fjords, puis les forêts immenses et secrètes de Finlande. Matthieu voulait affronter la nature sauvage, il n'a pas été déçu, nous non plus. » Magazine Outdoor Go (n°21, février-mars 2021, p°15).
«Allez, un petit tour à vélo pour changer. Une promenade jusqu’au cap Nord, si, si, c’est juste par là, plein nord en sortant de Grenoble. Bon, on vous passe les banlieues – Allemagne, Danemark, tout ça –, et on attaque direct par le plat (à peu près, voire pas du tout…) de résistance : la Norvège, par la côte – pas trop le choix – vous aurez même droit à un petit détour Lofoten (cf. CA 53). Le tout est joliment empaqueté et Matthieu ne nous épargne pas les moments pénibles de son périple, mais heureusement, il a le moral et le plaisir l’emporte toujours. Et pour nous aussi, tout au long de la lecture à travers laquelle il nous communique son euphorie, et sait nous faire ressentir ce qu’il y a d’exceptionnel à pouvoir se déplacer en douceur dans un environnement préservé. À lire pour rêver un peu et commencer à préparer la prochaine viréeBruno Désormeaux, Carnets d'Aventures, mars 2021.

Livre conseillé par le magazine 200 (n°27, janvier-mars 2021, p°121).

 

 

L'Etoile de Sinope (petit récit d'un voyage à vélo)


Je vous invite à lire L'ETOILE DE SINOPE, récit d'un (début de) voyage à vélo :
 http://www.fichier-pdf.fr/2013/09/24/260813/preview/page/2/ 
N'hésitez pas à formuler des critiques ou à me signaler des fautes. (Le fichier PDF est téléchargeable.)

Bonne fin d'été !

Diogène et les Bouquetins - Episode 3

Se dépêcher d'être loin (3ème partie)
Du haut du col-frontière, au cœur de la soirée,
Il y a dans l’air comme un gai parfum d’été.
Enivrant espoir : me voici en Italie !
J’ai des ailes, et je plane sur ma nouvelle vie.
Oui, mais où planter ma fichue tente ? J’hésite longuement, prends le temps d’étudier la topographie du terrain, de peser avec grand soin chaque risque : en forêt, il y a les sangliers ; dans les prairies, il y a les tiques ; en altitude, il y a la foudre ; près de la route, on pourrait me voir. Je n’ose pas prendre de décision. J’ai peur de bivouaquer seul. Personne n’est là pour me défendre. Puis, la nuit tombe, mes paupières s’alourdissent… Complètement perdu, je finis par m’installer au milieu de nulle part. Trop éreinté pour me faire du mouron, je m’endors comme une marmotte.
Le lendemain, ravivé par le soleil, je serpente paisiblement à travers les montagnes, et me laisse glisser vers les belles couleurs d’un petit village. Une femme d’un âge sage, assise près d’une drôle de maison aux volets ronds, me regarde passer avec de grands yeux, me sourit avec insistance. Politesse oblige, je m’arrête. Elle me demande jusqu’où je compte aller, puis me parle du grand voyage de son mari. Je ne connais pas un mot d’italien, mais curieusement, son enthousiasme est si communicatif que je la comprends. Il y a cinquante ans, Olmo est parti de ce village à vélo, et est allé jusqu’au… Cap Nord ! (Bon sang ! Ce qu'il est difficile de se débarrasser d’un rêve ; certains sont aussi collants que des chats réclamant leur gamelle.)
Olmo arrive. Il est immense. Sa femme me présente. Par des gestes sans doute plus cocasses que compréhensibles, j’explique à quel point l’ascension du Lautaret fut laborieuse avec un aussi gros vélo… Amusé, il me dit qu’à l’époque, lui aussi était mince. Avec l’âge, il a pris un peu de poids. Il sourit à l’idée que moi et mon chargement sommes plus légers que les cent vingt kilos de son seul corps. Il me raconte sa grande épopée : la Suisse, l’Allemagne, la Scandinavie, les élans, la pluie, le froid, les fjords, le Cercle Polaire, les couchers de soleil interminables, les aurores boréales ! Bouche bée, je l’écoute faire grandir en moi une conviction : il y a, dans la vie, des mois, des jours, des secondes qui comptent plus que des années.
Puis, après son voyage, Olmo a fait sa vie avec les montagnes… Il évoque l’Agnel, l’Izoard, la Lombarde, le Galibier, l’Iseran. Tous ces noms ont en moi tant d’écho ! J’espère qu’à son âge, j’aurai un aussi beau jardin. Je le comprends, il me comprend ; Olmo n’a pas besoin de me demander pourquoi je pars.
 
*

Sous un grand ciel bleu, c’est avec un petit pincement au cœur que je descends vers Suze. Plein d’euphorie, je pars vers l’inconnu ; plein de tristesse, j’abandonne les Alpes.
 
Tout petit, j’ai grandi à la campagne. Puis, encore enfant, je l’ai quittée pour habiter en ville. Je me souviens de la banlieue parisienne. Au-delà de la sphère humaine, le monde me paraissait si vide, si triste. A l’école, dans ma chambre, près du radiateur, dans les rues, il n’y avait que le béton inerte et gris. Pas un brin de nature. Dans ce monde sans horizon, je rêvais de grands espaces, je rêvais désespérément. Un jour enfin, j’ai découvert les montagnes. J’ai commencé par les regarder d’en bas, de la fenêtre. Elles étaient si belles au-dessus des gris et grands immeubles ! Tout doucement, je les ai approchées. Je me suis laissé apprivoiser ; et depuis, dès que je suis loin d’elles, je suis en manque. J’ai besoin d’avoir des sommets autour de moi. Ce sont comme des étoiles ; des étoiles sur lesquelles je suis allé, sur lesquelles j’ai laissé des souvenirs ; des étoiles intimes.
 
La semaine dernière encore, lorsque travaillant, je traversais une petite lassitude, il me suffisait, pour me déconnecter de la réalité un peu triste et monotone, de caresser des yeux les cimes de Belledonne. De mon poste, je détournais légèrement la tête, puis relevais le regard de quelques degrés pour franchir la barrière de béton ; ma blouse, alors, se volatilisait, et en à peine une seconde, je me téléportais au sommet de la Grande Lance de Domène, retrouvant ainsi la beauté des crêtes et la sérénité des bouquetins.
 
A bien y réfléchir, je sais précisément où trouver mon paradis, il n’est pas à l’autre bout du monde, il est tout simplement au-dessus de chez moi ; et en lui tournant le dos, je me demande si je fais le bon choix. Pourquoi ne pas rester avec les montagnes?
 
A vrai dire, je me comprends mal. Je désire à la fois une chose et son contraire. Sans que je ne sache trop pourquoi, malgré ma volonté de rester parmi les bouquetins, j’ai ce besoin d’aller vers le lointain. Il y a sans doute des âges où mener un combat est plus attrayant que de vivre dans la quiétude du bonheur. Je pense vouloir parcourir un chemin, construire une histoire ; et pour cela, bien que toujours un peu hésitant, je me crois prêt à abandonner mes montagnes bien-aimées, à plonger dans les tourments des plaines surpeuplées. La vie étant généralement longue, j’espère que plus tard, je deviendrai plus sage, et que la contemplation d’un paysage suffira à mon épanouissement.
 
Dans un petit coin de ma tête, je songe déjà à ma retraite. Au détour d’une aventure, j’espère trouver, un jour, une jolie clairière au bord d’un grand lac. L’endroit serait si charmant que je m’y arrêterais un soir, puis deux, puis toute une vie. Entre les sapins, je bâtirais une belle cahute en bois. J’abandonnerais alors le lointain, sans toutefois renoncer à contempler l’horizon. De temps à autre, un ours passerait devant ma fenêtre ; comme deux amis, on se saluerait. Le matin, je monterais dans ma petite barque ; puis, le jour durant, pêcherais en admirant les montagnes embrassant mon joli lac. Les nuits de belle lune, assis au bord de l’eau, écoutant le hululement des chouettes, je plongerais mon regard dans le reflet bleuté de la voûte céleste. En cette vie éclose d'une douce une rêverie, ne demeurerait plus un bruit ; simplement une musique : le souffle du vent, le chant des oiseaux, la beauté du silence.
 
A suivre!

Diogène et les Bouquetins - Episode 2

Précision: Depuis ce voyage, ma façon de voir le monde, mon état d’esprit et mes opinions ont pu changer.
Suite de: 1) Se dépêcher d'être loin .
D'habitude, le matin, lorsque je me réveille, je sais où je suis.
D'habitude, le matin, lorsque je me réveille, c'est pour vivre une journée que je connais déjà.
D'habitude, le matin, lorsque je me réveille, j’ai envie de me rendormir.
Subitement, tout est différent: je me crois dans mon lit, j'ouvre les yeux et ne sais plus où je me trouve. Les murs bougent, disparaissent. Une tente? Mon voyage me revient en tête; je me sens tout excité. Ce soir, serai-je en Italie? Où dormirai-je? Au cœur d’un alpage, dans une forêt, au bord d'une rivière? Qui rencontrerai-je? Par où passerai-je? Le Mont Cenis? Le Galibier? Le Montgenèvre? Y aura-t-il des marmottes, des marmottons, des chamois, des aigles? Je me lève, et prends doucement conscience que, désormais, chaque jour, j’écrirai ma vie, qu’elle ne me sera plus dictée. Pas de temps à perdre, je ne dois pas gâcher la moindre seconde de liberté! Plus tard, lorsque je vivrai à nouveau la routine d'un monde que je n'ai pas vraiment choisi, j'aurai le droit d'être paresseux; mais là, tout de suite, maintenant, il faut se battre, être jeune, vivre fort!
Après avoir englouti un régiment de bananes et mon litron de jus d'orange, je démarre ma journée avec une énergie débordante. A moi l'Italie! Très vite, hélas, mon organisme me rappelle à l'ordre, et sur les pentes du Lautaret, mon coup de pédale perd en fluidité. J'ai mal aux fesses, au genou droit, puis au gauche… Je m'arrête une fois, puis deux, puis toutes les cinq minutes. Des automobilistes viennent à moi pour me demander si "ça va". A midi, j'ai grimpé dix kilomètres. Plus que trois mille pour arriver au pays de Diogène.
 
*
 
Un soir, en faisant le ménage, alors que comme à son habitude, ma vieille radio monologuait tristement dans son coin, je lui tendis négligemment une oreille. A minuit, le soleil se leva, la foudre me frappa, explosion de couleurs: Diogène apparut!
Prenant exemple sur la Nature, se refusant à l’exploiter avec avidité, l’Homme de Sinope règle sa vie sur le Cosmos, et raille les conventions spécieuses. Immuable, les aléas des désirs futiles et destructeurs ne l’atteignent pas.
D’un coup de marteau, toute la tristesse du monde s’effondra. D’un coup de baguette magique, les lois de la gravité s’inversèrent: ne pas avoir un sous en poche, quelle richesse, quel panache! Subite et lumineuse évidence: ce qu’il faut, c’est ne surtout pas entrer dans la course! Ne pas franchir la ligne de départ, la voilà l’ingénieuse pirouette! A quoi rime de courir après une maison toujours plus grande, une voiture toujours plus chic, un salaire toujours plus élevé, une fonction sociale toujours plus reconnue… Le toujours plus n’est qu’encombrement et perte de temps.
« Cet enfant, qui boit dans le creux de sa main, m'apprend que je conserve encore du superflu. », « L’homme riche est celui qui se suffit à lui-même », « Ce que je veux, Grand Alexandre? Que tu t’ôtes de mon soleil! »… Dans un premier temps, l’excitation, telle une tempête, éloigna de moi tout repos. Puis, entamant la digestion de toute cette kyrielle d’apophtegmes, mon cœur s’apaisa… Peuplée de rêves fantasques, ma nuit fut plus lumineuse que le plus beau des jours de printemps. Dans mon sommeil, je m’imaginais vivre comme le philosophe, dormir dans une grande amphore, ne rien posséder, me nourrir de soleil…
 
Et c’est ainsi qu’en arrêtant l’aspirateur,
Après avoir vaincu les vents et leur vigueur,
Atterrissant telle la spore d’une antique fleur,
Ce soir-là, l’ascète a pris racine dans mon cœur.
 
*
 
Au Col du Lautaret, un grand curieux vient me voir, et me demande pourquoi je pars. Désarçonnée par une question si intime, je suis à quia. Et toi, pourquoi tu restes? L’explication est à la fois si longue et si évidente. N’étant pas d’humeur loquace, je détourne poliment la conversation, souris gentiment, et lui offre un présent censé matérialiser ma volonté d’établir un contact social: une belle banane.
Tous les enfants ont des rêves. Trop souvent, la société est sourde, ne nous écoute pas, nous attrape, et détruit, une à une, toutes nos vocations. Je me souviens de mes belles ambitions. Je me voyais aller au bout du monde, je voulais garder des moutons, marcher au bord des dunes. Puis, les années passent; à l’usure, les médias, les publicités s’emparent de nous. Peu à peu, nos têtes sont habitées, on nous en dépossède. Nous perdons nos idéaux, devenons d’impersonnels consommateurs. Plus le temps de sourire, plus le temps de regarder les nuages, plus le temps de rêver! On nous dit que la vie est ainsi; et qu’autrement, ce serait pire. Voilà, si je pars à vélo, c’est pour dire non à tout ça, pour ne pas me transformer en pion, pour choisir ma vie!
Non, vous ne me mettrez pas en boîte! Vous ne m’enfermerez pas dans vos voitures, dans vos bureaux, dans vos magasins, dans vos supermarchés, dans vos barres de béton, dans vos ordinateurs, dans vos télés! Hé hé, bande de timbrés, attrapez-moi si vous pouvez!
Mais où aller? Hier, au premier coup de pédale, je n’avais encore aucun itinéraire précis en tête. Ce qui comptait, c’était de partir loin. Au Sud, je serais trop rapidement bloqué par la Mer; à l’Ouest, par l’Océan… il me restait donc l’Est ou le Nord. Ambitieux, je suis d’abord parti plutôt vers l’Est en me disant qu’au fil des jours, suivant mes affinités, je me laisserais guider par mes découvertes.
Face à la Meije, je rêvais de la Grèce, mais au Lautaret, j’ai encore le choix. D’un côté: le Galibier, l’Allemagne, la Suède, la Norvège. De l’autre: le Montgenèvre, l’Italie, la Croatie, la Grèce. En somme: je peux me diriger soit vers le Grand Nord soit vers le Soleil. Je suis si libre, mais renoncer à l’un de ces deux azimuts me fait si mal au cœur… J’ai le sentiment de devoir sacrifier l’un de mes rêves pour que l’autre vive!
Je m’assois face aux neiges éternelles, il fait beau et doux, je songe à l’avenir de mon voyage, à l’histoire que je vais vivre. Instant crucial. Puis, je me décide: ce sera Diogène, je vais en Grèce!
 
A suivre!

Diogène et les Bouquetins

I
Se dépêcher d’être loin
 
 
Le réveil sonne. « Bonjour, il est sept heures: le journal de la rédaction. » Le réveil sonne. « Bonjour, il est sept heures: le journal de la rédaction. » Le réveil sonne. « Bonjour, il est sept heures: le journal de la rédaction. » J’entends cette phrase environ trois cents fois par an. Dès qu’elle me réveille, un poids supplémentaire tombe dans la balance qui, depuis de nombreux mois déjà, est bloquée du côté : « Fiche le camp! » Allez, fini le boulot, vlan vlan vlan et vlan, mes quatre sacoches sont prêtes: je mets les voiles.
 
Comme tous les matins, je sors mon vélo, mais cette fois, arrivé au coin de la rue, au lieu de tourner à droite pour aller travailler, je tourne à gauche; cette fois, au lieu de n’avoir sur mon porte-bagages qu’un antivol, j’ai tout un domicile: mon assiette, mes couverts, ma brosse à dents, mon oreiller, mon matelas, mon sac de couchage, ma tente.
 
Je suis chargé comme trois facteurs, je vais moins vite que d’habitude, j’ai du mal à trouver l’équilibre, j’évite de justesse, voire d’extrême justesse, la chute à chaque fois qu’une voiture me double. En slalomant entre les portières et les klaxons, je traverse le cours Jean Jaurès, passe les quatre ronds-points; adieu Grenoble! Mon voyage commence.
 
Pour remonter la vallée de la Romanche, freiné par le poids de mon vélo, je puise au fond de mes forces. Les villes toutes proches ne m’ont jamais semblé aussi lointaines. Plus j’avance, plus les distances s’allongent. Chaque kilomètre se paie si cher!
 
Soleil de plomb, mollets flapis, genoux rouillés;
Douloureuse… mais si heureuse journée, embrasée
Par cette enivrante sensation de liberté.
Je me sens à la fois si lourd et si léger!
 
Arrive le réconfort du soir, je découvre alors mon petit réchaud acheté la veille, à la hâte. En faisant craquer l’allumette, tout frémissant, je redoute que la bonbonne de gaz m’explose à la figure. Puis, comme devant un objet magique, je m’émerveille en considérant les petites flammes bleues émanant de la prodigieuse invention.
 
Face au glacier orangé de la Meije, je déguste un petit bol de riz que mon imagination parfume d’exotisme. J'ai sous les yeux l’un des plus beaux tableaux du monde, et, dans la tête, ces mots de Maria Jalek: « La Meije, indescriptible amoncellement de glaces, digne piédestal du pur sommet qui, sur un doigt levé, soutient le ciel. »
 
Lorsque je suis face à un beau paysage, je me sens triste, car je sais que je l'oublierai. Je voudrais pouvoir m'en emparer et le mettre pour toujours dans ma vie, le rendre éternel. C'est pour cela que je prends des photos, mais au fond, je sais bien que mon agitation est vaine, et que, quels que soient les artifices utilisés, le temps effacera tout. L’oubli finit par emporter chacune de nos émotions, chacun de nos souvenirs; et écrire est un acte de résistance bien souvent dérisoire, mais que faire d’autre? Se résigner? Allons!
 
En dînant, j’écoute sagement les clapotis de la Romanche et songe à la longue aventure qui m'attend. Jusqu'où irai-je? Me voici seul face au monde. Je suis à la fois inquiet et euphorique. J'ai mal aux genoux depuis des semaines, mes limites physiques me font douter; toutefois, ma motivation est si grande que je garde confiance. On n’abandonne pas un rêve pour si peu: hors de question de renoncer! Si mon corps fléchit, je ménagerai mon allure; s’il le faut, je n’avancerai que d’un kilomètre par jour!
 
A croire qu’en ces heures crépusculaires, seuls les voyageurs parcourent les montagnes… j'aperçois au loin un cycliste qui s'approche. Il a des sacoches, c’en est un! Il s’arrête tout naturellement, et, autour de ma petite casserole, nous engageons la conversation. En bon breton, il est parti de Brest et va jusqu'à Menton. Il relie l'Atlantique à la Méditerranée. Il en rêve depuis des années. L'été dernier, il était parti de chez lui et avait conquis l'Alsace. Il regarde mon vélo qui est, au bas mot, deux fois plus chargé que le sien, et me demande d'où je viens. Je me sens un peu bête. Je viens de si près… c'est mon premier jour, mon premier voyage. Il me demande où je vais. Que répondre à ce vaillant Ulysse qui a tant vu? Je suis très ambitieux et lourdement inexpérimenté, je n'ose pas dévoiler mon objectif. De quoi aurai-je l'air si je dis à tout le monde que je pars pour la Grèce, et que finalement je rebrousse chemin au bout de trois petits jours?
 
- J’voudrais aller jusqu’en Italie. J’sais pas encore jusqu’où. J’sais pas si ça me plaira. J’espère que j’irai loin, j’verrai bien comment ça se passe.
- Tu sais, t’as bien de la chance de débuter. J’me souviendrai toujours de mon premier voyage à vélo: ça a changé mon regard sur la vie! Enfermés dans nos p’tits mondes, on se croit obligés de faire, de dépenser comme tout le monde; et finalement, en partant à vélo, on s’rend compte qu’on peut vivre heureux avec quasiment rien. Tous les soirs, j’m’arrête à une fontaine ou près d’un petit ruisseau, j’sors mon savon… pas besoin de baignoire, pas besoin de salle de bain… Un vélo, une tente, un peu d’eau, un morceau de pain… et voilà, ça suffit pour faire son petit bonheur. Le reste, c’est du vent! Ah, si je pouvais, je partirais! Mais bon, j’ai un boulot, des obligations familiales… C’est comme ça, ’faut faire des choix! ’Faut que t’en profites!
 
J'ai affreusement peur de bivouaquer seul dans la nature. C'est la première fois. Je n’ose pas le dire à ce baroudeur effronté, et je me demande si je vais réussir à trouver le sommeil, mais heureusement, plein de bienveillance, José me propose de monter un campement "collectif". Précieuse, sa présence dissipe mon tourment.
 
Deux aventures poussées par la même volonté qui convergent, un premier soir de juin, en un même point; heureuse rencontre bénie des cimes m’insufflant force et courage…
 
Après une bonne heure de montage, au grand étonnement de mon compagnon de fortune, je réussis à faire entrer dans ma tente, et mon vélo et ma personne. Ca rentre juste juste. Je suis un peu à l'étroit, mais en restant vigilant, je peux réussir à me retourner sans me cogner au guidon. Epuisé, sans même avoir le temps de songer aux attaques à main armée, aux sangliers, à la maladie de Lyme… je m’allonge et m’enfonce aussitôt dans un doux sommeil. C’est la première fois que je m’endors avec les montagnes!
 
A suivre!

A travers l'Europe (17)

Il n’y a que trois ou quatre façons de quitter l’Albanie. J’ai le choix entre aller vers l’Est et le Sud, entre Bilisht et Kakavie, entre la Macédoine et la Grèce. Impatient d’arriver dans le berceau de ma sagesse, j’hésite à faire le détour par la Macédoine. En allant trop vite, « en sautant un pays », je risque de me priver de belles expériences, mais dans mon imaginaire, la Macédoine n’est qu’une salade, alors que la Grèce a la taille de son Olympe.

M’éloignant de Tirana, les grandes villes se font plus rares, l’autoroute se change tout doucement en route de campagne.

Heure après heure, le relief se vallonne; et, loin des miasmes urbains, retrouvant progressivement sa pureté, cette campagne qui m’accueille se gonfle de luxuriance, se revêt d’une beauté pastorale. La Nature reprenant peu à peu ses droits, l’asphalte disparaît, et les routes, de plus en plus cabossées, se chargent de poésie.

Tout apaisé, je me retrouve seul – absolument seul -  dans de grands paysages aux courbes harmonieuses, et je goûte aux voluptés précieuses de l’aventure lointaine en pleine nature.

Mais mon idylle est éphémère, quelques chiens sauvages me ramènent sur Terre, me courent après. Je me sens isolé, ça m’angoisse. Ces chiens, toujours ces chiens! Et puis, si jusqu’ici, beaucoup d’albanais ont été très chaleureux avec moi, d’autres se sont montrés quelque peu hostiles; certains quémandant avec insistance, allant jusqu’à me faire barrage.

Aussi peu vraisemblable que cela puisse paraître, en passant devant une ferme, cherchant des yeux un éventuel chien, j’entrevois un tigre (qui, faisant, par bonheur, dos à la route, ne me remarque pas). Sous le choc, quoiqu’il me vienne en tête l’idée de m’arrêter photographier l’animal, je ne traîne pas, et ne prends pas bien le temps de l’observer (il me semble qu’il était attaché). La rencontre me paraît si incongrue que j’en arrive à douter de moi-même; qu’est-ce qui est le plus vraisemblable: un tigre domestique en Albanie ou une hallucination d’un cycliste à bout de nerfs? Deviendrais-je fou?

Bref, aussi bucoliques soient-elles, ces petites routes ne me rassurent pas tant que ça. La nuit commence à tomber, je pense aux chiens errants, aux sangliers, aux tigres, et l’idée de planter ma tente sur ces collines grouillantes d’animaux sauvages m’oppresse. J’en ai marre d’avoir peur, je suis trop fatigué, j’éprouve le besoin de me sentir en sécurité; et, un peu lâchement, je fais un détour jusqu’à un gros village en espérant y trouver une petite auberge.

La chance me sourit. La chambre est à cinq euros. Je suis le seul client, je bois un verre avec quelques bonhommes intrigués: « A vélo jusqu’ici, quelle idée! », et mange avec la petite famille. Une table, un lit, la vue sur un village albanais. L’essentiel, rien d’autre. Pour mille euros, je pourrais y vivre sept mois, j’en ai la possibilité. Après tout, pourquoi pas, peut-être que ce serait le meilleur choix. A l’instar du sport, tout excès d’activité ne serait-il pas un subterfuge destiné à nous éloigner de cette problématique qui, de par l’aspect absolument crucial de son enjeu, nous angoisse: le bonheur? J’en ai assez de courir partout, et si cette vie n’était pas la bonne, et si cette vie n’était pas la mienne?! Ici, je pourrais commencer une nouvelle existence, au calme, près de la nature, j’apprendrais à connaître de nouvelles personnes, leur culture, leur langue, un métier. Accoudé au balcon de ma chambre, surplombant la rue, regardant les gens discuter, puis relevant les yeux vers les collines verdoyantes, vers l’horizon, je m’imagine cette autre vie, je me l’imagine aussi douce que l’air du soir, et me répète: « Après tout, pourquoi pas? ». Débarrassé de la publicité, de la télévision, de la tentation de la consommation, serais-je plus heureux en Albanie? Ou, au contraire, me sentirais-je plus pauvre? Mais je divague; tout de même, vivre si loin des miens…


*


Petit à petit, les nuages s’épaississent, s’assombrissent; quelques gouttes se font sentir, la pluie tombe; elle ne cesse pas, s’intensifie. La piste devient boueuse, salissante, glissante. Mes pneus passent du noir au marron, s’embourbent. Je suis trempé, ma motivation décline. Je ne rêve que de trouver refuge, et alors que sous la pression d’un système nerveux au bord de la saturation, ma boîte crânienne, telle une vieille cocotte-minute, commence à se fissurer, comme par miracle, près des ruines d’une ancienne station service, un albanais qui attend je ne sais trop quoi m’invite à venir m’abriter sous son parapluie.

Il ne dit pas un mot, mais, à son regard bienveillant, je sens qu’il s’inquiète pour moi; quelle triste misère me pousse donc à pédaler sous cette pluie? Avec mon air de chien mouillé, il me croit triste vagabond, s’imagine que j’ai tout perdu, que je n’ai plus ni famille ni maison, que je ne suis qu’un malheureux sans attache qui n’a trouvé pour survivre qu’un vélo et quelques sacoches.

La gentillesse de mon hôte m’apaise, la pluie cesse; serein, je reprends ma route. A quoi bon s’énerver? Le ciel est gris, je l’aime ainsi.

*

Plus tard, durant ces calmes heures d’été où le soleil finit tranquillement sa journée, le vent souffle les nuages, libère le ciel qui se recolore d’orange et de rose.

Traversant des champs de blés, je remonte une large vallée bordée de jolies petites montagnes bombées. Au loin, il n’y a plus qu’une ville; depuis cent kilomètres bientôt, les panneaux routiers indiquent son nom: Kakavie.

Kakavie, dernière ville d’Albanie.

L’atmosphère est douce, le vent me porte, la route est plate, toute lisse, je glisse dessus sans effort, j’avance comme une caresse, la Grèce est juste là, je la cherche des yeux: où commence-t-elle? Sur cette colline? Ou, peut-être, sur celle qui est juste derrière? Entre la Grèce et moi, il n’y a plus d’obstacles, c’est fini, je les ai tous franchis. Il ne me reste plus qu’un geste à accomplir; et ce geste, c’est le plus délicieux: je n’ai plus qu’à soulever le voile; le voile sous lequel se cachent Athènes, l’Acropole, l’Olympe, la Mer Egée, les églises blanches aux toits bleus. Je suis impatient, en ébullition, tout en moi pétille. J’ai la main sur ce voile, mais au lieu de le tirer d’un coup brutal, je caresse le tissu, je ferme les yeux, je sais que c’est le plus bel instant, je sens grandir, grandir un enthousiasme, une excitation, une jubilation, je me laisse envahir par ces vastes émotions, je les fais durer, je prends de grandes inspirations, je suis au sommet de mes rêves, je savoure, je fais durer, durer; car je sais qu’une fois la frontière franchie, il me faudra commencer à descendre.

Poursuivre un rêve nous élève; l’atteindre, c’est atterrir.


*


J’imaginais des immeubles, des voitures, du bruit. Rien de tout ça: Kakavie est un petit village au pied d’une colline, je le traverse dans le silence. Puis, la frontière est là. Trois ou quatre voitures sont devant moi. En attendant mon tour, je songe à ces longues soirées d’hiver durant lesquelles, rêvassant à d’improbables odyssées, je scrutais ma grande carte d’Europe en me disant: « Mais tout de même, c’est si loin, c’est si loin, comment pourrais-je?» Qu’il était beau ce rêve! Qu’il m’a fait battre le cœur! Avec des yeux que l’euphorie fait étinceler et que la nostalgie humecte, je regarde le drapeau hellénique flotter dans l’air du soir; et tout fébrile, je me répète: « Je suis allé jusqu’en Grèce à vélo! » Cet accomplissement me comble. Bien sûr, j’aimerais encore prolonger mon aventure, aller chercher d’autres de mes rêves, mais, désormais, quoi qu’il advienne, mon rêve grec est acquis à jamais, acquis à jamais, et il a dans mon cœur plus de place qu’un vingt sur vingt, qu’une médaille, qu’un diplôme, que mille lingots, et plus tard si je suis triste, je pourrai me dire: « Oui, le ciel est gris, mais il y a ce soleil qui brille encore au fond de moi: Ah, je me souviens… Avec mon vélo, j’ai traversé des îles, des montagnes, je suis monté sur un voilier... j’ai regardé des lacs, j’ai pédalé au-delà de minuit, j’ai dormi à la belle étoile, je me suis réveillé au bord de la mer, on m’a offert des cerises, on m’a dit mille bonjours; et, un soir, je suis arrivé au pays de Diogène. » Voilà, c’est fait, un beau et grand rêve qui sort de moi pour prendre la lumière. Je suis en Grèce.

Fin du récit, mais le voyage continue.

Textes 1 à 17: A travers l'Europe, Brouillons sans feu ni lieu